Résumé éditorial
Un village du Ghana, Sonokrom. Des hommes et des femmes qui vivent à la lisière de la forêt, parlent le langage des esprits et distillent le temps comme on distille le vin de palme. Un jour, une jeune femme aux yeux qui ne tiennent pas en place suit une odeur jusqu’à la case d’un certain Kofi Atta — et ce qu’elle y découvre va mettre en branle deux mondes que rien, en apparence, ne prépare à se comprendre.
C’est Yao Poku, vieux chasseur, grand amateur de vin de palme et conteur de métier, qui prend en charge le récit. Sa voix ouvre le roman comme on ouvre une séance — avec la promesse de raconter une histoire avant qu’elle ne refroidisse. À Accra, l’inspecteur Donkor, homme ambitieux et amateur de séries policières américaines, dépêche sur place Kayo, jeune médecin légiste récemment revenu d’Angleterre, chargé de produire un rapport à grand retentissement. Kayo arrive avec ses instruments, sa formation scientifique, ses certitudes — et se retrouve face à un tissu de récits dans lequel la vérité ne se laisse pas déplier comme une pièce à conviction.
Tail of the Blue Bird ne ressemble à aucun autre roman policier. Ce que Nii Ayikwei Parkes met en tension n’est pas seulement la ville et le village, la science et la tradition — c’est l’idée même que la réalité puisse être saisie par un seul type de langage. L’enquête avance, mais c’est la parole du vieux chasseur qui structure le roman, l’enveloppe, lui donne son rythme particulier. Le mystère est résolu, mais la question demeure : quelle histoire choisit-on de raconter, et à quel prix ?
Note éditoriale Susu
Notre quelque part est l’un des rares romans à réussir ce que beaucoup tentent : faire entrer la forme du conte oral à l’intérieur d’une intrigue policière sans que l’un écrase l’autre. La voix de Yao Poku n’est pas un ornement ethnographique — c’est elle qui détient l’autorité narrative, et c’est ce renversement qui rend le roman si singulier. Dans le paysage de la littérature ghanéenne anglophone, Parkes occupe une place à part : poète avant d’être romancier, éditeur autant qu’écrivain, il construit une œuvre où la forme et le fond refusent de se séparer. La traduction française de Sika Fakambi — récompensée par le Prix Baudelaire et le Prix Laure-Bataillon en 2014 — mérite elle-même d’être signalée : elle ne traduit pas seulement un texte, elle transpose une oralité.

